J'ai maudit les rues que ta marche enfile
Les objets que ta main saisit
J'ai maudit l'intérieur de tes rêves
J'ai mis une flaque dans ton oeil qui ne voit plus
Un insecte dans ton oreille qui n'entend plus
Une éponge dans ton cerveau qui ne comprend plus
Je t'ai refroidi en l'âme de ton corps
je t'ai glace en ta vie profonde
L'aire que tu respires te suffoque
L'air que tu respires a un air de cave
Est un air qui a déjà été expiré
qui a été rejeté par des hyènes
Le fumier de cet air personne ne peut plus le respirer
Ta peau est toute humide
Ta peau sue l'eau de la grande peur
Tes aisselles dégagent au loin une odeur de crypte
Les animaux s'arrêtent sur ton passage
Les chiens, la nuit, hurlent, la tête levée vers ta maison
Tu ne peut pas fuir
Il ne te vient pas une force de fourmi au bout du pied
Ta fatigue est une longue caravane
Ta fatigue va jusqu'au pays Nan
Ta fatigue est inexprimable
Ta bouche te mord
Tes ongles te griffent
N'est plus à toi ta femme
N'est plus à toi ton frère
La plante de son pied est mordue par un serpent furieux
On a bavé sur ta progéniture
On a bavé sur le rire de ta fillette
On est passé en bavant devant le visage de ta demeure
Le monde s'éloigne de toi
Je rame
Je rame
Je rame contre ta vie
Je rame
Je me multiplie en rameurs innombrables
Pour ramer plus fortement contre toi
Tu tombe dans le vague
Tu es sans souffle
Tu te lasses avant même le moindre effort
Je rame
Je rame
Je rame
((etc...))
tirée de: "face aux verrous de Henri Michaux


